HOMELIE DU 23 FEVRIER 2020

Lv 9, 1-18

Ps 102

1 Co 3, 16-23

Mt 5, 38-48

              Nous continuons aujourd’hui la lecture et la méditation du « Sermon sur la Montagne » dans l’Evangile de Saint Matthieu, que nous avons commencé il y a trois semaines. Nous sommes conduits peu à peu à mieux comprendre ce que le Christ veut faire de nouveau. Et alors que mercredi prochain nous allons entrer dans le Carême, nous découvrons le chemin de Sainteté sur lequel le Christ appelle ses disciples. Cet Evangile, au fond, est une bonne introduction (ou une bonne préface) au Carême qui approche.

            Et de fait, les versets que nous venons d’entendre sont sans doute parmi les paroles les plus exigeantes que Jésus a pu prononcer. Nous sommes appelés, ni plus, ni moins, à la perfection.

            « Vous donc, vous serez parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». En désignant la perfection du Père comme l’objectif de l’existence humaine, le Christ exprime de manière incontournable que cette perfection n’est pas à la portée de notre propre force. Nous ne sommes pas appelés à devenir des héros qui mèneraient une existence au-delà des forces humaines. Mais nous sommes invités à découvrir que la sainteté est la reconnaissance des fruits de la grâce de Dieu dans notre vie. On ne peut pas croire à la sainteté de Dieu sans être engagé dans un chemin de sanctification. Mais tout cela n’est pas nouveau. Dans le livre des Lévites (que nous avons entendu dans la première lecture), Dieu parlait déjà au peuple par la bouche de Moïse : « Soyez Saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint ».

            Pour manifester comment la gratuité divine transforme l’existence humaine, Jésus choisit un certain nombre d’exemples qui, par ailleurs, s’enracinent dans la tradition de la loi juive. Nous venons d’entendre la logique de la réciprocité : « œil pour œil, et dent pour dent ». Si on m’a fait du mal, je rends le mal qu’on m’a fait ! Et on me fait du bien, je rends le bien qu’on m’a fait ! Mais être disciple du Christ, cela m’entraîne plus loin. Etre disciple, c’est aller au-delà de la réciprocité. Jésus nous demande de purifier notre désir intérieur et de conformer nos actes à la gratuité de Dieu l « Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant (…). Si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire 1000 pas, fais en 2000 avec lui. A qui te demande, donne. A qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ». Il s’agit d’entrer dans une relation où l’on ne fait pas seulement le strict nécessaire. Il s’agit d’entrer dans une relation où la joie est d’aller au-devant du désir de l’autre.

            Mais Jésus va encore plus loin : « Moi je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent ». Il s’agit donc non seulement de ne pas rendre le mal pour le mal, mais de rendre le bien pour le mal. Nous mesurons bien ici que nous atteignons un des sommets de l’enseignement de Jésus. Nous prenons conscience, lorsque nous entendons cet appel du Christ, que nous entrons dans une dimension qui dépasse nos propres forces. Les païens et les publicains sont capables de relations fondées sur la réciprocité. Si nous ne sommes pas capables de faire plus qu’eux, alors nous ne sommes pas encore entrés dans la relation de gratuité qui marque le rapport que Dieu veut entretenir avec nous. Si nous entrons dans cette nouvelle relation, alors nous serons « vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ». Ce qui veut dire que ce qui nous constitue vraiment comme fils du Père, c’est la capacité d’entrer dans une logique d’amour des ennemis. C’est là le sommet de l’amour auquel nous sommes appelés. Jésus l’a vécu parfaitement sur la Croix. Nous entrons dans une démarche qui peut paraitre totalement démesurée. Mais elle est possible (« Rien n’est impossible à Dieu » dira l’ange Gabriel à Marie à l’Annonciation) si nous sommes profondément en communion avec le Christ. Seule cette communion au Christ nous permet d’entrer peu à peu dans l’économie de la grâce, ce chemin qui va plus loin que la sagesse humaine et la morale ordinaire, qui dépasse même la loi de Moïse dans ce qu’elle avait pourtant de plus juste. Saint Paul nous disait tout à l’heure : « Vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ». D’une certaine manière, tout est dit !

            Voilà, me semble-t-il de belles perspectives sur lesquelles nous pouvons méditer à trois jours de l’entrée en Carême.

                 Amen.

Père Hervé Géniteau, curé

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