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Éditorial n° 42 du 11 juin 2006


« Tu vois la Trinité quand tu vois la charité »

Cette phrase de Saint Augustin nous rappelle que, si le mystère de la Trinité concerne la vie intime de Dieu, il ne nous est pas étranger : par la charité active, il rayonne aussi au cœur de nos vies.

Jésus nous a révélé que Dieu n’est pas une solitude lointaine, mais une communion d’amour entre trois personnes divines dont la vie même, c’est d’aimer : « Dieu est amour ». Dans son encyclique du même nom, Benoît XVI montre comment cette affirmation sur Dieu, qui est au centre de la foi chrétienne, éclaire aussi « l’image de l’homme et de son chemin, qui en découle » (DC §1). Cette révélation du Dieu Trinitaire concerne donc directement l’homme, elle donne à sa vie « un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (DC §1) : l’homme n’est pas un individu, mais une « personne », c’est-à-dire essentiellement en relation avec les autres hommes, et il est appelé à vivre concrètement une communion d’amour avec les autres hommes et avec Dieu.

Considérer l’homme comme une personne, c’est se situer à l’opposé de nos représentations habituelles de l’homme comme un individu autonome, un individu qui pourrait revendiquer pour lui seul le mérite de toutes ses réalisations, et trouver seul les voies de son accomplissement. Considérer l’homme comme une personne, c’est souligner cette réalité première : l’homme ne peut être et ne peut devenir homme que dans la relation aux autres. Nous n’existerions pas si nos parents ne nous avaient nourris, si des docteurs ne nous avaient soignés ; nous ne parlerions ni ne penserions si d’autres hommes ne nous avaient enseignés. Nos compétences, nos qualités, nos capacités ne sont telles que parce que d’autres nous ont permis de les développer. Dans chacun de nos actes, nous mobilisons les acquis des générations précédentes, nous puisons dans des puits que nous n’avons pas creusés (Dt 6,11). De même, au quotidien, nous recourrons à chaque instant aux services des autres : combien de centaines, de milliers d’hommes ont œuvré pour que je puisse aujourd’hui conduire ma voiture, manger un kiwi, ou lire mon journal ?

Cette interdépendance propre à la personne est donc un fait ; mais elle est aussi une responsabilité : membres d’une humanité commune, nous sommes « tous responsable de tous ». Il appartient donc à chacun de contribuer à l’établissement d’un ordre social juste permettant à tous de développer ses compétences et de contribuer au bien de la communauté. En outre, priver une personne des moyens de contribuer à la vie commune, c’est priver la communauté d’une partie de sa perfection. Comme le pape le rappelle avec force : « le devoir immédiat d’agir pour un ordre juste dans la société est le propre des fidèles laïcs » (DC §29).

Cette interdépendance est plus encore le signe d’une vocation : la révélation du mystère de Dieu comme amour trinitaire éclaire la vocation de l’homme à l’amour : l’homme trouve sa béatitude dans l’amour qui l’unit à Dieu et aux hommes dans la charité. Ainsi, l’homme n’est pas seulement appelé à bâtir une société harmonieuse, dans laquelle chacun pourrait s’épanouir ; il est appelé à construire le Royaume de Dieu, une communauté d’amour à l’image de la Trinité. Lorsque l’homme conduit par la foi agit dans la charité, il vit déjà de la vie de Dieu, et en laissant rayonner l’Esprit qu’il a reçu, il rend visible la Trinité.

Père Baudoin ROGER

Word - 1.3 Mo
Feuille paroissiale du 11 juin 2006

 

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