1er dimanche de l’Avent
Creche de Saint Jean-Baptiste de Grenelle
Le temps qu’il fait...
Il n’y a plus de saisons... Au mois d’août, on pestait contre le froid et la pluie qui gâchaient les vacances. A la Toussaint, on est en bras de chemise au soleil dans son jardin ou sur sa terrasse. Si ça continue, demain, les glaciers auront fondu, la mer aura submergé Paris, la France sera sous les Tropiques... Toutes ces craintes, suscitées par quelques étés caniculaires et alimentées par toutes sortes d’études scientifiques et de films, basés sur toutes sortes d’hypothèses contradictoires, entretiennent un climat apocalyptique guère éloigné des paroles de l’Évangile de ce premier dimanche de l’Avent : « les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées ».
Mais ces paroles sont suivies de l’annonce de la venue définitive du Christ en Gloire. Elles visent à chasser la peur de notre cœur : « quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête car votre rédemption approche ». La peur disparue, nous pouvons alors essayer de réfléchir chrétiennement sur la question écologique.
Le temps qu’il fait, nous met tout d’abord devant notre impuissance : le climat est en effet un des derniers domaines que l’homme ne puisse maîtriser, ni même prévoir de manière certaine. La météorologie n’est pas une science exacte, et l’on sait bien que le battement d’aile d’un papillon au Brésil peut déclencher un typhon en Asie. Cette incertitude tournait autrefois les hommes vers le ciel, et Celui qui l’habite, pour attendre de Lui les bienfaits de la pluie et du soleil. L’Eglise conserve cette attitude en continuant à prier pour l’alternance heureuse des saisons. Je me souviens, lors de la canicule de l’été 2003, avoir célébré, comme le pape Jean-Paul II y avait invité les communautés, une messe pour demander la pluie. Le soir même, il pleuvait. Les esprits forts pourront sourire, mais qu’y a-t-il d’étonnant à ce que Dieu exauce son Peuple lorsqu’il se tourne vers Lui ? Cela s’appelle la Providence.
Dans cette perspective, les changements climatiques réels que nous pouvons percevoir sont peut-être des signes par lesquels Dieu nous invite à changer nos modes de vie pour retrouver une sagesse oubliée. Que l’homme soit solidaire de la création, que ses pratiques modifient les éco-systèmes et influent sur le climat, voilà qui est un enseignement constant de la Bible. Dès le péché d’Adam et Eve, la terre se met à produire épines et chardons ; par la suite, les prophètes ne cessent de rappeler que l’injustice des conduites humaines rend les terres désertiques. La perte de la relation à Dieu se traduit toujours par une perte du lien avec les autres et avec le cosmos. Comment dès lors retrouver une juste attitude par rapport à notre environnement ? La doctrine sociale de l’Eglise nous invite à adopter un nouveau style de vie « s’inspirant de la sobriété, de la tempérance, de l’autodiscipline, sur le plan personnel et social » pour « sortir de la logique de la simple consommation » (cf. Compendium). Pourquoi ne pas faire nôtre ce conseil en ce temps d’Avent ? Expérimenter une vie plus dépouillée, plus respectueuse de la création, pour accueillir Celui qui vient combler nos cœurs.
Père Antoine Vidalin
Feuille paroissiale du 3 décembre 2006