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Editorial du dimanche 11 avril 2010


De la « Divine Miséricorde »,
De quoi s’agit-il ?

Il n’est pas si facile que cela que de bien comprendre ce qu’est "la Miséricorde" que Jésus nous a enseignée dans les béatitudes du Sermon sur la montagne : « Bienheureux les miséricordieux, car il obtiendront miséricorde. » (Mt 5,7). Aussi pour essayer de cerner la nature de la Miséricorde, prenons l’exemple du pardon avec les conditions de son exercice, et où on voit qu’ il s’articule avec la justice et la miséricorde.

Ainsi par sa mort sur la croix, c’est le pardon de Dieu que Jésus a offert à tous les hommes. La croix du Christ nous dit en effet que « l’amour est plus fort que le péché ». Elle nous dit aussi que « le pardon est la condition première de la réconciliation, non seulement dans les rapports de Dieu avec l’homme, mais aussi dans les relations entre les hommes. Un monde où on éliminerait le pardon serait seulement un monde de justice froide et irrespectueuse, au nom de laquelle chacun revendiquerait ses propres droits vis - à - vis de l’autre ; ainsi, les égoïsmes de toute espèce qui sommeillent dans l’homme pourraient transformer la vie et la société humaine en un système d’oppression des plus faibles par les plus forts, ou encore, en arène d’une lutte permanente des uns contres les autres. » [1]

Or justement, pour que nos relations ne soient pas seulement et uniquement réglées par la stricte justice, le mystère de la croix de Jésus-Christ nous a révélé qu’il y a un autre chemin. C’est celui du pardon et de la miséricorde que nous demandons quotidiennement : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Certes le pardon n’annule pas les exigences objectives de la justice, mais il nous invite à emprunter le chemin de l’amour miséricordieux, qui est un amour créateur, et qui est une relation de réciprocité. En effet, c’est un chemin dans lequel je peux pardonner et être aussi l’objet de miséricorde. Et c’est ainsi que s’établit aussi la justice. Mais par le pardon que je donne ou que je reçois, la miséricorde me fait voir que la justice est subordonnée à la grandeur de l’homme. Elle me fait voir que l’homme est une personne qui vaut toujours plus que ce qu’elle a dit ou fait. La miséricorde qui est un amour créateur est alors seule capable « de rendre l’homme à lui-même. »

Et c’est ainsi que nous comprenons que la croix du Christ qui nous a obtenu le pardon du péché, nous révèle en fait la divine Miséricorde qui seule est capable de restaurer « cette image et cette ressemblance » défigurées. Elle seule peut redonner à l’homme cette image et cette ressemblance de Dieu. De cette manière, on voit aussi que la miséricorde ne s’oppose pas à la justice, mais qu’elle la dépasse dans la mesure où elle est un amour créateur et ne réduit pas nos relations interpersonnelles à la pure et stricte justice.

Père Joseph A. Roan


Notes

[1] Dives in misericordia

 

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